Mincir en agissant sur les graisses brunes
Dans notre organisme, les graisses sont stockés dans le tissu adipeux : le tissu adipeux blanc, qui représente le principal stock de lipides, et le tissu adipeux brun, plus réduit, qui produit de la chaleur.
Comme ce tissu utilise des acides gras de l’organisme pour produire de la chaleur, on peut se demander si l’activation de la graisse brune pourrait permettre de perdre du poids.
Les adipocytes bruns brûlent les graisses
Les cellules du tissu adipeux sont appelés adipocytes. Sous certaines conditions, les adipocytes bruns et beiges ont la capacité de produire de la chaleur : c’est la thermogénèse sans frisson. Ils utilisent pour cela plusieurs sources d’énergie, dont des lipides, c’est-à-dire des graisses.
Dans une optique de perte de poids, il serait intéressant d’activer les adipocytes bruns et beiges, et de fabriquer de nouveaux adipocytes beiges : c’est ce que nous appelons le « brunissement » des adipocytes.
La graisse brune a pour fonction de nous permettre de nous adapter à des températures basses, le moyen le plus évident de l’activer consiste à s’exposer au froid.
La graisse brune produit de la chaleur pour lutter contre le froid
L’organisme dispose de plusieurs moyens pour produire de la chaleur : la thermogénèse avec et sans frisson, et l’activité physique volontaire. Seule la thermogenèse sans frisson active la graisse brune. La thermogenèse avec frisson, quant à elle, utilise l’énergie libérée par la contraction musculaire pour produire de la chaleur.
Lors d’une exposition à un froid léger, jusqu’à 20 % de la chaleur produite par l’organisme provient de la thermogenèse sans frisson. Cette proportion est suffisante pour influencer la balance énergétique de l’organisme.
L’acclimatation au froid stimule la graisse brune
Dans une étude japonaise parue en 2013, les chercheurs ont montré qu’une acclimatation à 17 °C deux heures par jour pendant six semaines permettait de réduire les graisses de l’organisme. En même temps, l’activité de la graisse brune augmentait sur cette période.
De même, dans une petite étude du NIH aux Etats-Unis, cinq hommes ont dormi un mois à 24 °C, un mois à 19 °C, à nouveau un mois à 24 °C, et enfin un mois à 27 °C. Après un mois à la température la plus fraîche, la graisse brune avait augmenté de 42 % et son activité métabolique de 10 %. Mais le retour à la température plus élevée avait annulé ces effets. L’augmentation de la graisse brune s’accompagnait aussi d’une meilleure sensibilité à l’insuline.
L’exposition à des températures fraiches s’avère donc globalement bénéfique. Une température ambiante comprise entre 18 °C et 19 °C active la graisse brune, sans pour autant affecter notre confort.
La cryothérapie pour activer la graisse brune
Comme le froid active la graisse brune, des instituts esthétique proposent des séances de cryothérapie dans le but de brûler des graisses.
Une séance de cryothérapie est trop brève pour stimuler efficacement la graisse brune.
En 2017, deux chercheurs de l’institut Baker de Melbourne en Australie expliquaient sur le site The Conversation pourquoi ces thérapies courtes ne peuvent pas fonctionner :
Ces deux chercheurs rappellent aussi que l’objectif de la graisse brune n’est pas de faire maigrir, mais de participer à survivre dans le froid. Cet environnement difficile va également stimuler la faim pour que l’organisme ne manque pas de carburant. C’est pourquoi d’après eux l’exposition au froid a en pratique peu de chances de faire maigrir.
Le sport active la graisse brune grâce à l’irisine
D’après une étude parue en 2014, l’irisine favorise la thermogenèse sans frisson dans les adipocytes. L’irisine est une myokine induite par l’exercice musculaire et libérée dans la circulation sanguine.
Dans cette étude, les chercheurs ont suivi la sécrétion d’irisine chez dix volontaires en bonne santé. Ils ont observé que l’exercice physique augmente le taux d’irisine. Puis, les volontaires ont été exposés au froid en utilisant des couvertures thermiques dont la température a été réduite progressivement de 27 °C à 12 °C. Sept personnes ont eu des frissons et leur niveau d’irisine a augmenté.
Lorsque l’exposition au froid se prolonge dans le temps, les frissons ont tendance à diminuer et la graisse brune prend le relais. Ceci pourrait expliquer que l’exercice favorise la libération d’irisine, qui va alors avoir un effet sur la thermogenèse sans frisson.
Pour les auteurs, le frisson stimule la production d’irisine, grâce à un mécanisme qui mime l’exercice physique.
L’irisine est donc une molécule induite par l’exercice physique qui favorise le brunissement des adipocytes. Une autre étude a montré que le niveau d’irisine est plus élevé chez des personnes qui font de l’exercice physique aérobie que chez des personnes sédentaires.
Les hormones thyroïdiennes activent la graisse brune
Les hormones thyroïdiennes constituent une autre piste intéressante. En effet, ces dernières influencent le poids, la production de chaleur et la dépense énergétique de l’individu.
La thermogénine ; la protéine indispensable à la thermogenèse dans les adipocytes bruns, est contrôlée de manière hormonale : par exemple, l’hormone thyroïdienne T4, la thyroxine, stimule la transcription de son gène.
En 2018, une étude de l’université de Porto (Portugal) a analysé la perte de poids de 641 patients ayant subi une opération de chirurgie bariatrique. Ils ont trouvé que les patients qui avaient des niveaux élevés d’hormone thyroïdienne T3 avant l’opération perdaient significativement plus de poids.
Chez le rat, des injections d’hormones T3 provoquent le brunissement des adipocytes et une perte de poids. Les effets des hormones thyroïdiennes sur le poids sont bien connus en santé humaine : l’hyperthyroïdie conduit à une perte de poids, tandis que l’hypothyroïdie a tendance à faire grossir. C’est pourquoi l’activation des voies de signalisation thyroïdiennes pourrait aussi être une piste pour lutter contre l’obésité, afin de stimuler la graisse brune des adultes. La recherche pourrait ainsi s’orienter vers des molécules qui se fixent sur les récepteurs des hormones thyroïdiennes pour mimer leurs effets.
Il est en outre important de préciser que la lévothyroxine, qui est prescrite chez les personnes souffrant d’insuffisance thyroïdienne, ne doit pas être utilisée pour perdre du poids, comme l’indique formellement la notice du Levothyrox.
LA PRATIQUE REGULIERE DE BAIN FROID
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